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[DÉCODEUR] La réforme des retraites de Macron, c’est quoi ?

Pour faire passer sa réforme des retraites, le gouvernement a une stratégie : en dire le moins possible sur son contenu qu’il sait explosif.

Ce qui était annoncé dans le programme d’En Marche en 2017

« Les cotisations, aux régimes de base comme aux régimes complémentaires, qu’elles soient versées sur les bases de revenus ou acquises au titre de la solidarité (pour les chômeurs par exemple) seront inscrites sur un compte individuel et revalorisées chaque année selon la croissance des salaires. Ainsi, chaque euro cotisé accroîtra de la même manière la pension future, quel que soit le statut du travailleur et l’origine de cette cotisation.

Le total des droits accumulés sera converti au moment de la retraite en une pension, à l’aide d’un coefficient de conversion fonction de l’âge de départ et de l’année de naissance. L’allongement de l’espérance de vie est donc pris en compte en continu, au fil des générations: plus besoin de réformes successives, qui changent les règles et sont anxiogènes et source d’incertitude. Dans la durée, la réforme aura bien un effet financier en garantissant un équilibre sur le long terme. »

https://en-marche.fr/emmanuel-macron/le-programme/retraites

 

Vous n’avez pas tout compris ? C’est fait pour.

La réforme proposée par le gouvernement est, dans son principe, un copier-coller du système suédois : gel des ressources, avec un taux de cotisation « fixé une fois pour toutes », si bien que, compte tenu de l’augmentation du  nombre de retraité.e.s,  les citoyens doivent arbitrer entre un départ à 61 ans avec une pension insuffisante pour vivre ou une pension plus importante sous réserve de décaler son départ en retraite. L’intérêt : plus besoin de faire des réformes impopulaires pour baisser le montant des pensions, il y aura désormais une règle de pilotage automatique.

Pour qu’un euro cotisé donne le même droit pour tous, toutes générations confondues, il faudrait que chacun récupère au cours de sa retraite la somme (actualisée) de ses cotisations de carrière. Cela implique de calculer la pension en divisant la somme des cotisations de carrière par l’espérance de vie à la retraite. C’est le principe du calcul d’une rente. Plus l’espérance de vie s’accroît, plus la rente est modeste.  Plus l’espérance de vie diminue, plus la rente augmente.

Ou encore, plus on reporte son départ en retraite, plus la rente augmente ; plus on anticipe son départ, plus la rente diminue. Il faudrait donc choisir entre le montant de sa retraite et l’âge de départ, ce que le gouvernement présente comme… une liberté de choix !

Aujourd’hui, pour 100 euros annuels de cotisation, les salariés perçoivent des régimes complémentaires AGIRC et ARRCO, qui fonctionnent par points, 6 euros annuels de pension. Au bout de 16 ans et demi (100/6) de retraite, ils ont récupéré toutes leurs cotisations de carrière. Avec une espérance de vie moyenne à la retraite de 25 ans, les salariés récupèrent donc une fois et demi leurs cotisations de carrière pendant la retraite. Avec la proposition Macron, ils ne pourraient au mieux que récupérer leurs cotisations de carrière pendant leur retraite, ce qui signifie un effondrement du niveau mensuel de leurs pensions par rapport à aujourd’hui.

La réforme Macron repose sur une rupture conceptuelle :

  • L’objectif du système ne serait plus de garantir la continuité du meilleur niveau de vie procuré par les salaires, donc de garantir une prestation représentant un pourcentage déterminé du salaire, on parle de système « à prestations définies »
  • mais d’équilibrer les comptes du système tout en bloquant définitivement ses ressources (le taux et l’assiette des cotisations) : on parle alors de « système à cotisations définies ».

Un tel système aligne en permanence ses dépenses, en l’occurrence le montant des pensions, sur ses ressources.

Il en résulte que si, pour quelque raison que ce soit, flambée du chômage ou crise économique, le montant des cotisations encaissées n’est plus suffisant pour honorer les droits à retraite, ceux-ci sont, du jour au lendemain, automatiquement et uniformément réduits de manière à rétablir l’équilibre financier du régime.

Les salariés actifs et retraités n’auraient plus aucune visibilité sur l’évolution devenue chaotique de leur pension.

Pour masquer la réalité de ses intentions, le gouvernement évoque un système par points : conversion en points des cotisations puis reconversion des points en rente viagère.

Sauf que le système qu’il conçoit n’a strictement rien à voir avec les anciens régimes par points du privé, aujourd’hui disparus, l’AGIRC et l’ARRCO, ou avec l’IRCANTEC dans le secteur public : ces régimes par points avaient été conçus pour garantir à l’encadrement un minimum de 72 % du salaire de fin de carrière. Alors que dans le cadre de la réforme Macron, le point de retraite verrait sa valeur diminuer au fur et à mesure de l’augmentation du nombre de retraités et de leur espérance de vie.

Une question de choix

Ce n’est donc pas tant la technique de matérialisation des droits à retraite, le fait d’avoir un régime par points ou par annuités qui importe, mais les objectifs assignés au système de retraite :

  • soit un niveau de prestation prédéfini en proportion des meilleurs salaires de carrière,
  • soit le financement du système à ressources constantes

En effet, un système peut fonctionner par annuités et être « à cotisations définies », comme il en existe au Canada par exemple, ou par points et être « à prestations définies ».

 

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